| Grâce à l'heureuse initiative d'une Américaine, Mme Phoebe Hearst, le 10
décembre 1898, une quinzaine d'occidentaux, de haut niveau culturel et social, résidant
à Paris, arrivèrent en pèlerinage à Saint-Jean-d'Acre, pour rencontrer Abdu'l-Bahá,
dans la ville-prison, où le retenait encore le gouvernement ottoman, maître de la
Palestine. Cette rencontre confirma et précisa les projets de voyages que Abdu'l-Bahá
réalisa en Europe 12 ans plus tard, quand les événements politiques le rendirent enfin
libre de ses mouvements.Le 5 octobre 1911, le Maître arrivait à Paris, pour un premier séjour
de 7 semaines. Il y revint ensuite encore deux fois, en 1913.
Deux personnes ont joué un rôle
prépondérant pour préparer le terrain d'accueil et le séjour de Abdu'l-Bahá à Paris
: Laura Barney, une Américaine et Hippolyte Dreyfus, jeune avocat français qui, séduit
par le message bahá'í, avait entrepris, dès son retour de Terre-Sainte, d'apprendre
l'arabe et le persan afin de traduire et publier en français une partie des uvres
de Bahá'u'lláh. En 1905, le Livre de la Certitude, était paru aux éditions Ernest
Leroux. En 1909, Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, recueil de
"Questions-réponses" pour lequel Laura Barney avait fait de nombreux séjours
à Saint-Jean-d'Acre, chez Abdu'l-Bahá, avaient ouvert aux chercheurs les portes du
dialogue Orient-Occident, dans une langue simple et rationnelle.
La publication de ce livre, juste
deux ans avant la venue de Abdu'l-Bahá à Paris a joué un double rôle: d'une part,
l'effet de sa publication a aidé le groupe de fidèles chargés d'organiser le séjour du
Maître à identifier les catégories de personnes intéressées aux questions
spirituelles, d'autre part, la collaboration d'Hippolyte et de Laura, penchés sur la
traduction de cet ouvrage leur avait fait découvrir leur penchant mutuel; leur mariage,
en juillet 1911, précéda de trois mois l'arrivée de Abdu'l-Bahá. Ils s'installèrent
15 rue Greuze, dans le secteur du Trocadéro. Plusieurs Bahá'ís habitaient dans le
voisinage, également. Dès son arrivée, Abdu'l-Bahá fut conduit à l'appartement loué
pour lui, au 4 avenue de Camoens, bel immeuble neuf, entresol, grand salon pour une
centaine de personnes, un bureau pour le Maître, tout le confort. Les Dreyfus-Barney
avaient mis tout leur cur et leur compétence pour organiser le séjour parisien du
Maître bien-aimé.
En 1903, le 6 octobre, le grand
quotidien parisien, Le Temps, avait déjà publié un article sur le Babisme et le
Bahaïsme, une simple demi-colonne, non signée, mais objective et bienveillante. Le 3
novembre, 1911, dix-huit jours après l'arrivée de 'Abdu'l-Bahá, Le Temps lui consacrait
trois colonnes, sous la plume de Jean Lefranc. Les extraits suivants donnent bien la
mesure de la prestance de ce personnage exceptionnel et du charme qu'il dégageait :
"Dans un logis de
l'aristocratie, avenue de Camoens, à l'ombre du Trocadéro et de la Tour Eiffel,
Abdu'l-Bahá reçoit chaque jour ses disciples. C'est un noble oriental à la longue barbe
blanche, coiffé d'un turban blanc et vêtu d'une ample robe vert olive. Il ne parle que
le persan mais sa voix est douce, et M. Hippolyte Dreyfus qui traduit en fervent bahá'í
ses paroles exprime avec une éloquence fidèle la saveur biblique de son langage
inspiré...."
"...J'ai entendu Abdu'l-Bahá,
l'autre soir chez les Théosophes... Le lendemain je fus reçu chez lui...dans son cabinet
de travail, il me prit les mains et les garda longtemps dans les siennes. Il me dit que la
presse était une des plus grandes puissances du monde... Le visage vénérable de
Abdu'l-Bahá, où brillent ses yeux jeunes, exprime l'intelligence et la bonté. Il est
paternel, affectueux et simple; il inspire confiance et respect. Son pouvoir divin lui
vient sans doute de savoir aimer les hommes et de savoir se faire aimer d'eux...." Et
le journaliste de conclure : "Oh, que les religions sont belles quand elles ne sont
pas encore !"
| "Le jardin qui réjouit les yeux et le
cur est celui où poussent côte à côte des fleurs de toutes les couleurs, de
toutes formes et de tous parfums. C'est cet heureux contraste de couleurs qui en fait le
charme et la beauté!...Il devrait en être ainsi des enfants des hommes. Les différences
au sein de la famille humaine devraient être cause d'amour et d'harmonie"
Extrait des
Causeries de Abdu'l-Bahá à Paris |
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