En 1856, à la demande des Bábís exilés,
Bahá'u'lláh retourne à Bagdad. Sous sa direction, la communauté bábíe grandit et la
réputation de Bahá'u'lláh en tant que chef spirituel se répand à travers la ville.
Craignant que ce succès ne réveille en Perse l'enthousiasme populaire pour le mouvement,
le gouvernement du shah réussit à convaincre les autorités ottomanes de l'envoyer à
nouveau en exil. En avril 1863, avant de quitter Bagdad, Bahá'u'lláh et ses compagnons
campent dans un jardin sur les bords du Tigre du 21 avril au 2 mai.
Aux Bábís qui l'entouraient, Bahá'u'lláh
déclara qu'il était le Promis annoncé par le Báb - annoncé en fait par toutes les
Ecritures saintes du monde.
Le jardin est devenu célèbre sous le nom de jardin
de Ridván qui signifie paradis, en arabe. L'anniversaire des douze jours que
Bahá'u'lláh y a passés est célébré dans le monde bahá'í comme la plus joyeuse de
toutes les fêtes.
Le 3 mai 1863, Bahá'u'lláh quitte Bagdad pour se
rendre à Constantinople, la capitale impériale. Il est accompagné de sa famille et de
compagnons choisis. Il était devenu immensément populaire et aimé. Des témoins
oculaires ont décrit son départ de façon émouvante notant les larmes versées par bon
nombre de personnes présentes et l'hommage qui lui était rendu par les autorités.
Après quatre mois passés à
Constantinople, Bahá'u'lláh est envoyé à Andrinople (l'Edirne actuelle) comme
prisonnier politique ; il y arrive le 2 décembre 1863. Au cours des cinq années qu'il y
a passées, sa réputation n'a cessé de grandir, attirant le plus vif intérêt des
savants, des hommes politiques et des diplomates.
Au début de septembre 1867, Bahá'u'lláh a
adressé une série de lettres aux dirigeants du monde de l'époque, entre autres
Napoléon III, la reine Victoria, l'empereur Guillaume Ier, le tsar Alexandre II de
Russie, l'empereur François Joseph, le pape Pie IX, le sultan Abdul-Aziz et le dirigeant
persan, Nasirid-Din Shah.
Dans ces lettres, Bahá'u'lláh proclame ouvertement
sa position. Il parle de l'aube d'un nouvel âge, mais il prédit des bouleversements
catastrophiques de l'ordre politique et social. Pour faciliter la transition, il prie
instamment les dirigeants du monde de gouverner avec justice. Il lance un appel à la
mobilisation en faveur du désarmement et demande instamment aux autorités de se
regrouper en une forme de confédération. Ce n'est qu'en luttant ensemble contre la
guerre, dit-il, qu'une paix durable pourra être établie.
L'agitation continuelle des opposants pousse le
gouvernement turc à envoyer les exilés à Saint-Jean-d'Acre, ville pénitentiaire
située en Palestine ottomane. C'était le bout du monde, l'ultime destination des plus
grands malfaiteurs, des bandits de grand chemin et des opposants politiques. Ceinte de
remparts, ville aux rues sales et aux maisons humides et tristes, Saint-Jean-d'Acre
n'avait pas de source d'eau potable et l'air y était si irrespirable que le dicton
populaire prétendait que les oiseaux survolant la ville y trouvaient la mort.
C'est dans cet environnement que Bahá'u'lláh est
arrivé avec sa famille le 31 août 1868, pour la dernière étape d'un long exil. Il
devait passer à Saint-Jean-d'Acre et dans les environs le reste de sa vie, soit encore 24
ans. Enfermé tout d'abord dans la prison de la caserne, Bahá'u'lláh et ses compagnons
furent ensuite transférés dans une maison exiguè à l'intérieur des remparts. Les
exilés, montrés comme de dangereux hérétiques, se heurtaient à l'animosité des
autres résidents de la ville. Les enfants eux-mêmes, lorsqu'ils s'aventuraient au
dehors, étaient poursuivis et lapidés.
Avec le temps, l'esprit des enseignements de
Bahá'u'lláh triompha du sectarisme et de l'indifférence. Plusieurs gouverneurs de la
ville et membres du clergé, après avoir examiné le contenu des enseignements de cette
Foi, en étaient même devenus de fervents admirateurs. Tout comme à Bagdad et à
Andrinople, la personnalité morale de Bahá'u'lláh avait peu à peu forcé le respect et
l'admiration.
C'est à Saint-Jean-d'Acre que Bahá'u'lláh a
écrit la plus importante de ses oeuvres. Connu plus communément sous son nom persan de
Kitáb-í-Aqdas (le livre le plus saint), ce livre esquisse les lois et principes
essentiels que les disciples doivent observer et il pose les bases de l'administration
bahá'íe (voir plus loin).
Vers la fin des années 1870, Bahá'u'lláh est
autorisé à se déplacer librement en dehors des remparts de la ville et ses disciples le
rencontrent dans une paix et une liberté relatives. Il s'installe dans un manoir
abandonné et peut se consacrer à l'écriture.
Le 29 mai 1892, s'achève la vie terrestre de
Bahá'u'lláh. Sa dépouille repose dans une petite pièce non loin du manoir restauré
connu sous le nom de Bahjí. Pour les Bahá'ís c'est le lieu le plus saint qui existe sur
la terre.